Passer au contenu
6 min de lecture

#20: Faut-il partir quand tout va bien ?

Ce que 4 années à la tête d’un 5 étoiles m’ont appris sur la vraie mission d’un leader et le moment juste pour s’en aller.

🎩 Mot du Croco – "Les bon partent tôt."

En hôtellerie, on adore les longues carrières. Les murs pleins d’ancienneté.
Mais voilà : certains rôles ne sont pas faits pour durer. Ce sont des missions. Pas des trônes.

J’ai dirigé le Renaissance Arc de Triomphe comme on rénove une maison qu’on aime : avec exigence, cœur, et cette obsession de laisser mieux que ce qu’on a trouvé.

Quatre ans à transformer, unir, transmettre. Et quand tout tournait rond, je suis partie.
Pas par lassitude. Par lucidité.

🗝 La règle du club ?
Quand tout roule, ce n’est pas forcément le moment de rester. C’est peut-être le moment de libérer.


🕯 La Scène "Une haie d’honneur, à 9h du matin."

Mon dernier jour au Renaissance.
Je m’attendais à de l’émotion. Pas à ce choc.

J’arrive à l’hôtel. Il est 9h.
Et là, toute l’équipe est déjà là. Devant l’entrée.
En uniforme. Alignés. Une haie d’honneur.

Ils m’applaudissent.
Pas pour un départ. Pour tout ce qu’on a traversé ensemble.

À cet instant précis, j’ai compris une chose :
le vrai leadership ne se mesure pas aux chiffres, mais à ce qu’on laisse dans le cœur des gens.

Pas une once de mise en scène. Que du vrai.
Des regards complices. Des remerciements silencieux.
Certains m’ont glissé : "Vous nous avez réconciliés avec notre métier."

J’ai passé la journée à recevoir plus que je n’aurais cru mériter.
Et je suis partie légère.
Parce que j’avais laissé une équipe en confiance, un lieu apaisé, et une culture plus forte qu’à mon arrivée.


🧠 Backstage : Trois vérités que ce poste m’a apprises

1. Diriger comme si c’était à moi.
Quand j’ai pris le poste, l’hôtel sortait de 18 mois de fermeture à cause du Covid.
Tout était à relancer. L’énergie, les standards, les repères.
Alors j’ai décidé de ne plus attendre.
Pas d’attendre que ça vienne du siège. Pas d’attendre le bon moment.
J’ai géré l’hôtel comme s’il m’appartenait.
Chaque décision difficile, chaque changement stratégique, je l’ai portée avec ma casquette de directrice, pas de gestionnaire temporaire.
Résultat : les décisions ont été plus rapides, plus alignées, plus fortes.

2. Une équipe, ça se gagne.
Le passage en franchise n’avait pas été bien vécu. L’équipe était fatiguée, sceptique, divisée.
Il a fallu un an et demi pour faire remonter l’énergie.
Ce qui a tout changé ? Un team building de deux jours, hors site, avec mes chefs de service.
On a mis les masques de côté. On a parlé vrai.
C’est là que l’équipe s’est soudée.
On ne transforme pas un lieu sans transformer les liens humains.

3. Il faut savoir partir quand c’est réussi.
Ce rôle, j’aurais pu le tenir encore des années.
Mais j’ai senti que ma mission était accomplie.
L’hôtel était redressé. L’équipe solide. Les idées en place.
Je ne voulais pas rester “par confort”.
Je suis partie quand j’étais fière de ce qu’on avait bâti.
Et c’est ça, je crois, une sortie élégante.


🛠 Ce qu’on teste cette semaine : Le test du bon moment pour partir

Rester est parfois plus confortable que juste.
Mais le confort est l’ennemi de la croissance.

Voici 3 signaux faibles issus à la fois de mon expérience terrain et des recherches en psychologie du travail – pour savoir si tu es en train de t’éteindre dans un poste que tu as déjà réussi.

Tu n’as plus de "grand chantier"

En psychologie positive (Csikszentmihalyi), l’état de "flow" survient quand on est stimulée par un défi légèrement supérieur à notre niveau.
Quand tout devient facile, l’ennui s’installe. Et l’ennui est un poison discret.

Ton énergie se tourne vers l’extérieur

Selon la théorie de la motivation autodéterminée (Deci & Ryan), nous avons besoin de croissance, d’autonomie et de contribution.
Quand tu consacres plus de temps à faire grandir les autres qu’à nourrir ton propre chemin, c’est peut-être le signe que tu as fait le tour du tien.

Tu pourrais partir demain sans que tout s’effondre

Le vrai leadership, c’est la transmission. Comme le dit Jim Collins dans Good to Great, les meilleures leaders construisent des systèmes qui tournent sans elles.
Quand tu n’es plus indispensable, c’est peut-être que tu as réussi.

👉 À tester cette semaine :
Prends 10 minutes.
Pose-toi ces 3 questions en regardant ton poste actuel.
Es-tu encore en création ? Ou simplement en conservation ?


🐊 Croco Bite

"Une bonne directrice ne reste pas. Elle élève, elle transmet, elle part."


🔐 La Clé : Le rapport d’étonnement social

"La première erreur d’une nouveau leader, c’est de croire qu’il doit briller vite. La première mission, c’est d’écouter longtemps."

Prendre un poste, ce n’est pas imposer.
C’est diagnostiquer le système vivant qu’on rejoint.
C’est comprendre la dynamique humaine avant de vouloir l’optimiser.

📚 Dans The First 90 Days, Michael D. Watkins insiste sur le fait qu’une leader en transition doit adopter une posture d’apprenant stratégique.

🔬 En psychologie des organisations, Edgar Schein parle de "decoding the culture" : lire les signaux faibles, les non-dits, les alliances silencieuses.

🎓 Et en intelligence sociale, Daniel Goleman rappelle que l’écoute active crée bien plus d’autorité que n’importe quel discours de vision.

Voici donc 12 questions puissantes à poser dans ton premier mois.
Pas à tout le monde, pas en une fois. Mais à travers tes 1-on-1, tes cafés informels, tes visites en back-office.


Le rapport d’étonnement social – 12 questions pour lire un lieu sans l’effrayer :

  1. Qui ici est là depuis longtemps, et pourquoi ?
  2. Qui sont les piliers invisibles ? (celles et ceux qu’on ne voit pas mais qui tiennent tout)
  3. Qu’est-ce que l’ancienne direction faisait bien ?
  4. Qu’est-ce que vous espériez d’une nouvelle directrice ?
  5. De quoi les équipes sont fières ?
  6. Qu’est-ce qui, selon vous, freine cet endroit ?
  7. Qui se parle peu ici ? Pourquoi ?
  8. Quels talents sont sous-utilisés ?
  9. Quel est le tabou ici ?
  10. Qu’est-ce qui doit changer pour que vous restiez longtemps ?
  11. À qui vous iriez demander de l’aide en cas de crise ?
  12. Si vous pouviez changer une seule chose ici demain, ce serait quoi ?

🗝 À utiliser sans précipitation.
Tu es là pour comprendre avant d’agir.
Ce que tu vas découvrir ne sera jamais dans les tableaux Excel.


🎁 À retenir, à transmettre

Si tu as aimé cette édition, envoie-la à une amie ou un ami qui :

  • hésite à quitter un poste (et mérite de s’écouter)
  • vient de prendre une direction (et doit écouter avant d’imposer)
  • croit encore qu’une bonne leader, c’est celle qui reste 20 ans

Le vrai luxe, ce n’est pas de durer.
C’est de savoir quand on a tout donné.
Et de partir debout, avec élégance.

🎯 Dis-moi ce que tu en as pensé.
Ce que tu aimes, ce que tu veux lire davantage, ce qui t’aide à décider, à diriger, à oser.
Je lis chaque réponse. Et elles guident les prochaines éditions.

A la semaine prochaine,

Laurie & Croco 🐊

#18- Trop d’options, trop de fatigue, zéro clarté.
En 2026, la meilleure compétence ? Savoir poser un cadre avant de penser. Je m’abonne 🎩 Mot du Croco – “Réfléchir tue.” En 2025, j’ai failli consacrer trois mois à une phase excessive de réflexion. Face à un projet d’envergure et à de nombreux enjeux, j’ai appliqué les principes
#19- Le vrai burn-out des leaders ? Les décisions non closes.
Ce n’est pas le stress, ce n’est pas la charge, c’est ce que ton cerveau continue à traiter… même quand tu crois avoir terminé. Rejoindre le club 🎩 Mot du Croco : “Ce n’est pas le burn-out. C’est l’indécision chronique.” J’ai vu des directeurs dormir