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5 min de lecture

#31-Le problème des équipes qui demandent toujours la permission

Et si elles disaient plutôt : “J’ai l’intention de…”



🎩 Mot du Croco

Après quelques années dans l’hôtellerie, j’ai remarqué quelque chose d’étrange.

Les équipes ne manquent presque jamais d’idées.

Elles manquent de cadre.

On croit souvent que la créativité naît de la liberté totale.

“Faites comme vous voulez.”
“Surprenez-moi.”
“Soyez créatifs.”

En réalité, c’est souvent l’inverse.

Trop de liberté paralyse.

C’est exactement ce qui se passe face à une page blanche.

Si je vous dis :

“Écrivez quelque chose d’intéressant.”

La plupart des gens restent bloqués.

Mais si je vous dis :

“Écrivez une histoire vraie de votre carrière en 300 mots.”

Tout devient plus simple.

Les idées arrivent.

Parce que le cadre fait une chose très simple :

Il libère l’action.

Et je ne l’ai pas compris dans un livre.

Je l’ai compris le jour où je suis devenue General Manager à 29 ans.


🕯 La Scène

Quand je suis devenue General Manager à 29 ans, j’ai ressenti deux choses en même temps.

De la fierté.

Et une immense responsabilité.

Soudain, toutes les décisions passaient par moi.

Les dépenses.
Les investissements.
Les réparations.
Les priorités.

Et très vite, un doute s’est installé.

Qu’est-ce que j’ai vraiment le droit de faire ?

Qu’est-ce que je peux dépenser ?

Qu’est-ce que je ne dois surtout pas faire ?

Alors j’ai fait ce que beaucoup de jeunes dirigeants font au début.

J’ai géré comme mon propre portefeuille.

(Heureusement que je n’étais pas celle qui claquait sans compter.)

Je faisais attention à chaque euro.

Je réparais plutôt que de remplacer.
J’analysais chaque dépense.
Je réfléchissais longtemps avant chaque décision.

Trop longtemps.

À force de vouloir bien faire, je m’étais créé un problème invisible :

Je n’avais pas de cadre clair.

Alors j’en avais construit un moi-même.

Un cadre beaucoup trop restrictif.

Jusqu’au jour où j’ai posé la question.

Simplement.

Quel est réellement mon cadre ?

Quelles sont mes marges de décision ?

Qu’est-ce que je peux vraiment faire ?

Et c’est ce jour-là que quelque chose a changé.

Parce qu’une fois le cadre posé, tout est devenu plus simple.

Les décisions.
Les investissements.
Les priorités.

La créativité aussi.

Ce que j’avais pris pour une contrainte s’est révélé être un levier.

Le cadre ne limitait pas mon action.

Il libérait ma capacité à agir.


🧠 Backstage

Ce que j’ai compris ce jour-là, je l’ai ensuite observé partout dans les équipes.

Les collaborateurs ne manquent pas d’envie.

Ils manquent souvent de cadre clair.

Beaucoup de managers pensent bien faire en laissant une liberté totale :

“Faites comme vous voulez.”

Mais cette phrase crée souvent l’effet inverse.

Elle crée de l’hésitation.

Parce que l’équipe ne sait pas :

Jusqu’où aller.
Ce qui est possible.
Ce qui ne l’est pas.

À l’inverse, les équipes deviennent extrêmement créatives quand le terrain de jeu est clair.

Un bon leader pose trois choses :

Le cap.
Les règles du jeu.
La zone d’autonomie.

Dans un hôtel, cela peut être très concret.

Par exemple :

Dire à une équipe réception :

Vous avez l’autonomie d’offrir un geste client dans certaines situations.

Dire à une équipe lobby :

Vous pouvez créer des moments avec les clients, mais l’énergie du lieu doit rester celle que nous avons définie.

Dire à une équipe restauration :

Vous avez la liberté de surprendre le client, tant que cela respecte l’expérience que nous voulons créer.

Ce cadre change tout.

Parce que l’équipe ne se demande plus si elle peut agir.

Elle sait comment agir.

Et c’est souvent à ce moment-là que la créativité apparaît.


🛠 Ce qu’on teste cette semaine

Si vous voulez libérer la créativité d’une équipe, ne commencez pas par demander des idées.

Commencez par poser le cadre.

Voici un exercice simple que j’utilise souvent avec des managers.

Le test des 3 cadres

Prenez une équipe — réception, restaurant, housekeeping ou bar — et posez-vous trois questions très simples.

1 — Quel est le cap ?

Quel est le résultat que vous voulez vraiment créer ?

Par exemple :

Un lobby où les clients restent.
Une réception qui surprend les clients.
Un petit déjeuner dont les gens parlent encore après leur séjour.

Sans cap clair, l’équipe travaille… mais ne sait pas vers quoi elle va.


2 — Quelles sont les règles du jeu ?

C’est souvent là que tout se joue.

Qu’est-ce qui est non négociable ?

Par exemple :

– le niveau d’accueil
– le respect de l’expérience client
– l’énergie du lieu
– la cohérence avec la marque

Ces règles ne limitent pas la créativité.

Elles protègent l’expérience.


3 — Quelle est la zone d’autonomie ?

Et surtout :

Que peuvent-ils décider sans vous demander ?

Offrir un café.
Créer un moment avec un client.
Proposer quelque chose de nouveau.

Quand cette zone est claire, les équipes osent.

Parce qu’elles savent jusqu’où elles peuvent aller.

Et c’est souvent là que les meilleures idées apparaissent.


🐊 Croco Bite

La créativité d’une équipe ne naît pas de la liberté totale.
Elle naît d’un cadre clair.


📚 Pour aller plus loin

Si ce sujet vous intrigue, je vous recommande un livre qui a profondément influencé ma manière de penser le leadership.

Dans Turn the Ship Around! de L. David Marquet, l’auteur raconte comment il a transformé un sous-marin de la Navy américaine.

Son changement le plus puissant est venu d’une simple phrase.

Les marins ont arrêté de demander :

“Est-ce que je peux faire ça ?”

Et ont commencé à dire :

“J’ai l’intention de…”

Par exemple :

“J’ai l’intention de modifier ce réglage.”
“J’ai l’intention de lancer cette manœuvre.”
“J’ai l’intention de corriger ce problème.”

Le rôle du leader n’était plus de donner un ordre.

Mais de vérifier que l’intention était cohérente avec la mission.

Ce simple changement a transformé la culture de l’équipage.

Moins d’attente.
Plus de responsabilité.
Beaucoup plus d’initiative.


🔐 La Clé

Si vous voulez libérer l’initiative dans une équipe, testez une règle très simple :

Remplacer les demandes d’autorisation par des déclarations d’intention.

Dans beaucoup d’hôtels, les équipes fonctionnent comme cela :

“Est-ce que je peux offrir un café ?”
“Est-ce que je peux faire ce geste commercial ?”
“Est-ce que je peux déplacer cette table ?”

Chaque micro-décision remonte au manager.

Résultat :

Le manager devient un goulot d’étranglement.

Une alternative beaucoup plus efficace consiste à instaurer une règle :

Les équipes ne demandent plus “Est-ce que je peux ?”

Elles disent :

“J’ai l’intention de…”

Par exemple :

“J’ai l’intention d’offrir ce dessert au client, car il attend depuis longtemps.”
“J’ai l’intention de déplacer cette table pour créer plus de place.”
“J’ai l’intention de faire ce geste commercial.”

Le manager intervient seulement si l’intention pose problème.

Sinon, l’action se fait.

Ce petit changement crée trois effets immédiats :

Les équipes réfléchissent avant d’agir.
Elles assument leurs décisions.
Et le manager cesse d’être un point de blocage permanent.

C’est souvent à ce moment-là qu’une équipe commence réellement à fonctionner comme une équipe de leaders.


Conclusion

Le rôle d’un leader n’est pas de prendre toutes les décisions.

C’est de créer le cadre dans lequel les autres peuvent décider.

Quand ce cadre existe, les équipes commencent à agir différemment.

Elles proposent.
Elles testent.
Elles prennent des initiatives.

Et le manager cesse d’être un centre de validation permanent.

Il devient ce qu’un leader devrait toujours être :

quelqu’un qui crée les conditions pour que les autres réussissent.

Je suis curieuse de savoir :

Dans votre équipe, quelle décision pourrait être transformée de
“Est-ce que je peux ?”
à
“J’ai l’intention de…” ?

Répondez simplement à cet email — je lis toutes les réponses.

Et si cette newsletter vous a fait penser à un collègue, un manager ou quelqu’un qui prend ses premières responsabilités dans l’hôtellerie…

Transférez-lui ce message.

Les meilleurs clubs grandissent toujours par recommandation.

A la semaine prochaine,

Laurie & Croco 🐊