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8 min de lecture Carrière

#37- À 38 ans, j’écris à Laurie de 20 ans

Ce que ces 18 années m’ont appris sur le fait de viser haut, d’oser, et de ne jamais attendre que le chemin apparaisse

Aujourd’hui, j’ai eu envie d’écrire une newsletter un peu particulière.
Une newsletter d’anniversaire, oui mais surtout une lettre à la Laurie de 20 ans.

Dans cette édition :

🎩 Mot du Croco

Aujourd’hui, j’ai 38 ans.

Et pour la première fois, je n’ai pas envie de regarder devant.
J’ai envie d’écrire à la Laurie de 20 ans.

Celle qui disait qu’elle serait GM avant 30 ans.
Celle que tout le monde regardait avec un sourire poli.
Celle qui n’en dormait pas mais qui n’en démordait pas non plus.

J’ai envie de lui dire : tu avais raison.

Raison de viser haut.
Raison de ne pas te calmer pour rassurer les autres.
Raison d’oser dire tout haut ce que tu voulais vraiment.

Parce que les rêves ne se réalisent pas en attendant que quelqu’un t’ouvre la porte.
Ils se réalisent quand tu frappes.
Quand tu pousses.
Quand il le faut, quand tu les enfonces.

Avec audace.
Avec travail.
Avec l’inconfort de ne pas savoir si ça va marcher.

Ce que j’ai appris en 38 ans, c’est simple :
le chemin n’existe jamais avant qu’on le crée.

🕯 La Scène

Laurie,

À 20 ans, tu vises un poste et un salaire.

Tu veux devenir GM avant 30 ans.
Tu le dis.
Et on te répond qu’il ne faut pas brûler les étapes.

On te dit que tu sors à peine des études.
Qu’il te manque du F&B.
Alors tu en fais.

On te dit qu’il te manque de l’hébergement.
Alors tu en fais aussi.

À chaque fois, tu entends surtout ce qu’il faudrait avoir de plus avant d’oser viser plus haut.
Mais toi, tu fais autrement : tu apprends.

Parce qu’en réalité, personne ne t’a donné de notice.
Personne ne t’a expliqué de manière évidente comment manager.
Personne ne t’a remis le mode d’emploi des lois de notre métier, ni celui du leadership.

Alors tu l’as créé toi-même.

Avec de la curiosité.
Avec une soif d’apprendre.
Avec cette conviction qu’il ne faut jamais croire sans vérifier, parce qu’on peut tous se tromper.

Et c’est comme ça que tu avances.
Pas parce qu’on t’ouvre le chemin.
Parce que tu le construis.

Alors laisse-moi te dire ce que tu ne peux pas encore savoir à 20 ans.

Tu seras GM à 29 ans.

Tu travailleras dans le 5 étoiles chez Marriott.
Tu dirigeras l’hôtel de tes rêves : The Hoxton.
Tu enseigneras à Ferrandi.
Tu deviendras coach professionnel.
Tu iras jusqu’à décrocher un CAP pâtisserie, simplement parce que chez toi, apprendre n’a jamais été une case à cocher. C’est une manière de vivre.

Et puis il y a cette peur silencieuse.
Celle qui compte autant que le reste, peut-être plus.

La peur de rater l’enfance de tes enfants.
La peur de ne pas réussir à faire carrière.
La peur de ne plus avoir d’espace pour toi.

La peur qu’un jour, il faille choisir.

Mais non.

Tu auras deux merveilleux enfants.
Tu continueras à construire ta carrière.
Et tu découvriras qu’il est possible de diriger un hôtel sans renoncer à ta vie de mère.

Pas sans effort.
Pas sans fatigue.
Pas sans arbitrages.

Mais sans renoncer.

Alors je te le dis aujourd’hui avec tendresse, mais sans hésiter :
tu as raison de ne rien lâcher.

Parce que les rêves ne se réalisent pas en attendant que tout soit aligné.
Ils se réalisent en apprenant, en osant, en avançant malgré l’inconfort.

Le chemin ne s’est pas présenté à toi.
Tu l’as créé.

🧠 Backstage

Pendant longtemps, j’ai cru que la réussite se mesurait au résultat.

Le poste.
Le salaire.
Le titre.
La prochaine étape.

Et puis avec les années, j’ai compris quelque chose de beaucoup plus structurant :
ce ne sont pas les résultats qui m’animent le plus.
C’est le parcours.

Le fait de me fixer des priorités chaque année.
Le fait d’avancer avec intention.
Le fait de me lancer des challenges, qu’ils soient personnels ou professionnels.
Un voyage.
Un projet.
Une nouvelle compétence.
Un cap à franchir.

J’ai toujours eu besoin de sentir que le temps que je vis me construit.
Pas qu’il passe.
Qu’il me transforme.

On parle souvent des trajectoires comme si elles étaient tracées d’avance.
Comme s’il existait quelque part un bon chemin, bien éclairé, bien balisé, qu’il suffirait de suivre avec discipline et patience.

C’est faux.

Dans l’hôtellerie comme dans une carrière, les plus beaux parcours ne sont presque jamais linéaires.
Ils sont construits.

Pas construits au sens “planifiés parfaitement”.
Construits au sens : décidés, assumés, provoqués.

On romantise beaucoup la patience.
Pas assez l’audace.

On admire les parcours une fois qu’ils sont visibles.
On oublie ce qu’ils ont demandé quand ils étaient encore invisibles :
oser se projeter haut, parler avant d’avoir toutes les preuves, accepter l’inconfort, continuer malgré les regards sceptiques.

La vérité, c’est que le chemin n’existait pas avant que je le crée.

Et c’est encore plus vrai quand on est une femme ambitieuse dans un univers exigeant, avec des responsabilités fortes, des codes parfois lourds, et cette petite musique de fond qui revient toujours : attention à ne pas en vouloir trop.

Mais vouloir beaucoup n’est pas le problème.
Le problème, c’est d’attendre qu’on nous autorise à vouloir beaucoup.

Ce que mes 38 ans m’ont appris, ce n’est pas seulement qu’il faut fixer des objectifs personnels et professionnels.
C’est qu’il faut vivre chaque année comme une matière à façonner.

Ne pas consommer le temps.
Le construire.

Chaque année peut devenir un étage.
Chaque inconfort, un muscle.
Chaque porte fermée, un test de conviction.

Parce qu’au fond, ce qui m’émeut le plus aujourd’hui, ce n’est pas seulement d’avoir atteint certains rêves.
C’est de voir que je n’ai absolument rien lâché.

J’ai gardé cette conviction que tout est possible.
Pas facile.
Pas rapide.
Pas sans effort.
Mais possible.

Et je crois que c’est ça qu’on oublie souvent dans nos métiers.

Personne ne reçoit une notice pour devenir leader.
On n’apprend pas à manager par magie.
On ne maîtrise pas les lois, les équilibres, les arbitrages humains de notre métier par intuition.

On apprend.
On vérifie.
On s’entoure.
On affine.
On se trompe.
On recommence.

Et au fond, c’est peut-être ça, le leadership :
arrêter d’attendre les conditions parfaites pour prendre sa place.
Pas seulement à la tête d’un hôtel.
Mais à la tête de sa vie.

🛠 Ce qu’on teste cette semaine

Cette semaine, je te propose un exercice simple, mais puissant :

La lettre à ton toi de 20 ans.

Pas une lettre nostalgique.
Pas une lettre pour corriger.
Une lettre pour reconnaître.

Prends 15 minutes.
Et réponds à ces 4 phrases :

À 20 ans, je croyais que…
J’avais peur de…
Aujourd’hui, je peux me remercier pour…
Et la vérité que j’aurais eu besoin d’entendre plus tôt, c’est…

Puis termine avec cette phrase :

Le chemin s’est créé quand j’ai arrêté d’attendre et que j’ai commencé à…

Cet exercice est précieux pour une raison simple :
on passe souvent trop vite à l’objectif suivant.

On oublie de regarder ce qu’il a fallu apprendre, oser, traverser pour en arriver là.
On oublie de reconnaître la femme ou l’homme qu’on est devenu en chemin.

Or, regarder son parcours, ce n’est pas s’attendrir.
C’est se solidifier.

Et parfois, il suffit de relire son propre chemin pour retrouver le courage d’ouvrir la prochaine porte.

🐊 Croco Bite

Le chemin se crée en marchant. Jamais en attendant.

📚 Pour aller plus loin

Cette semaine, je pense à Shoe Dog de Phil Knight.

Pas pour copier un parcours.
Mais pour se rappeler d’une chose essentielle : les trajectoires les plus fortes ne ressemblent jamais à des lignes droites quand on les vit de l’intérieur.

Elles ressemblent à des paris.
À des intuitions.
À des portes qu’on pousse sans garantie.

Exactement comme dans une carrière.
Exactement comme dans une vie qu’on décide de construire au lieu de l’attendre.

🔐 La Clé

À 38 ans, la vraie clé que j’aurais aimé connaître plus tôt, c’est celle-ci :

on ne concilie pas une grande vie en cherchant l’équilibre parfait.
On la construit en protégeant 3 espaces en même temps : l’ambition, la famille, et soi.

Le piège, c’est de croire qu’il faut d’abord réussir un bloc avant d’avoir le droit de vivre les autres.
D’abord la carrière, puis le reste.
D’abord les enfants, puis soi.
D’abord l’urgence, puis la vie.

Mais ce “plus tard” devient vite une habitude.
Et à force de tout remettre après, on finit par réussir sur le papier et se perdre dans la réalité.

Avec les années, j’ai compris qu’il fallait penser autrement.
Pas en termes d’équilibre parfait.
En termes de construction consciente.

Concrètement, voilà le cadre que j’utilise :

Chaque année, je me pose 3 questions.

Qu’est-ce que je veux construire pour ma carrière ?
Un poste, une compétence, une exposition, un projet, une nouvelle légitimité.

Qu’est-ce que je veux protéger pour ma vie personnelle ?
Du temps, une présence réelle, un souvenir à créer, une qualité de quotidien, une manière d’être là.

Qu’est-ce que je veux nourrir pour moi ?
Un apprentissage, un espace, un défi personnel, un voyage, une respiration, une part de moi qui n’appartient à personne d’autre.

Et ensuite, je refuse qu’une seule de ces trois dimensions prenne toute la place.

Parce qu’une carrière sans espace personnel finit par coûter cher.
Parce qu’une famille sans présence consciente se vit dans la culpabilité.
Parce qu’une ambition sans structure dévore tout ce qu’elle était censée servir.

La question n’est donc pas :
comment tout réussir en même temps ?

La meilleure question est :
qu’est-ce que je refuse d’abandonner cette année ?

Cette question change tout.
Parce qu’elle oblige à choisir ses priorités sans se trahir.
Parce qu’elle empêche de vivre en pilotage automatique.
Parce qu’elle transforme les intentions floues en décisions visibles.

C’est aussi comme ça qu’on arrête d’attendre une vie possible.
On la dessine.
Année après année.
Décision après décision.

Je crois même que le vrai leadership commence là :
dans la capacité à architecturer sa vie avec autant de sérieux que son business plan.

Pas pour tout contrôler.
Mais pour ne pas laisser l’essentiel disparaître sous le bruit.

Et au fond, c’est peut-être ça que j’ai appris en 38 ans :
une vie réussie n’est pas une vie où tout rentre parfaitement dans des cases.
C’est une vie où l’on sait encore ce qu’on veut faire grandir, ce qu’on veut protéger, et ce qu’on refuse de sacrifier.

Conclusion

À 38 ans, ce que je mesure le plus, ce ne sont pas les titres.

C’est d’avoir avancé sans attendre que tout soit prêt.
D’avoir appris en marchant.
D’avoir construit au lieu de patienter.

Et surtout, de voir qu’on peut vouloir beaucoup sans s’excuser.

Alors si tu es dans une saison de doute, d’ambition, ou de grand écart entre ce que tu veux et ce que les autres jugent possible, garde ça avec toi :

n’attends pas que le chemin te rassure pour commencer.

C’est en avançant qu’il prend forme.

Et si cette newsletter t’a fait penser à quelqu’un une femme ambitieuse, un manager en plein cap, un talent qui n’ose pas encore viser plus haut transfère-la lui.

On ne sait jamais quelle phrase peut aider quelqu’un à ne pas lâcher.

A vendredi,

Laurie & Croco 🐊