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8 min de lecture Carrière

#44- Et si ton CV te racontait la mauvaise histoire ?

Les moments où tu oublies l’heure révèlent parfois mieux ta direction que ton prochain titre.

Le flow sait parfois avant ton CV


Cette semaine, troisième épisode de notre série inspirée de Daniel Pink et de son livre La vérité sur ce qui nous motive.

Au programme :


🎩 Mot du Croco

Il y a des moments où le travail ne ressemble plus vraiment à du travail.

Tu regardes l’heure.

Et tu réalises que deux heures viennent de disparaître.

Tu n’as pas compté.
Tu n’as pas forcé.
Tu n’as pas eu besoin de te motiver.

Tu étais simplement absorbé.

Par une idée.
Un projet.
Une conversation.
Une situation à résoudre.
Un détail à rendre plus juste.

Ces moments-là sont souvent rares.

Et pourtant, ils racontent quelque chose de très important sur nous.

Parce que dans une carrière, on passe beaucoup de temps à regarder ce qui est visible.

Le titre.
Le poste.
Le salaire.
La maison.
Le prestige.
La prochaine ligne sur LinkedIn.

Mais on regarde parfois beaucoup moins ce qui nous donne réellement de l’énergie.

Or il y a une différence immense entre un poste qui impressionne les autres et un travail qui nous absorbe vraiment.

L’un peut flatter l’ego.

L’autre peut nous indiquer une direction.

Je crois que l’on devrait écouter plus attentivement les moments où l’on oublie l’heure.

Pas pour tout quitter sur un coup de tête.
Pas pour romantiser chaque passion.
Pas pour croire que le travail doit toujours être agréable.

Mais parce que ces moments nous donnent des indices.

Ils nous montrent où notre attention devient naturelle.
Où notre curiosité s’active.
Où notre exigence ne nous fatigue pas de la même manière.
Où l’effort devient presque désirable.

Cette semaine, on parle de flow.

Et de cette idée simple :

ta carrière ne se trouve pas seulement dans ton CV.
Elle se cache parfois dans les moments où tu oublies de regarder l’heure.


🕯 La Scène

Quand je créais les soirées clients au Renaissance, ce qui m’animait n’était jamais seulement la nourriture ou les boissons.

Bien sûr, elles comptaient.

Mais ce n’est pas ce qui transforme une soirée en souvenir gravé.

Ce qui reste, c’est souvent autre chose.

Un échange avec une personne.
Une phrase qui surprend.
Un rire.
Une rencontre inattendue.
Le sentiment de se sentir bien, presque immédiatement.
Et parfois cette alchimie étrange que l’on n’explique pas vraiment.

Ce petit éclat.

Celui qui fait qu’une soirée ne ressemble plus seulement à un événement.

Elle devient un souvenir.

Et pour créer cela, je pouvais passer des heures à penser chaque détail.

L’invitation.
L’entrée.
Le vestiaire.
Les stands.
La circulation dans la salle.
La lumière.
La musique.
L’énergie générale.
Le rythme de la soirée.

Mais surtout : les connexions entre les gens.

Comment les faire se rencontrer ?
Comment mettre à l’aise quelqu’un qui arrive seul ?
Comment créer suffisamment de mouvement pour que les échanges deviennent naturels ?
Comment faire en sorte que personne ne se sente à côté de la soirée ?

Je voulais que l’on puisse venir seul à l’une de nos soirées et repartir avec le sentiment d’avoir fait de belles rencontres.

Rien de cela ne se voit complètement.

Mais tout se ressent.

Une soirée m’a particulièrement marquée.

Le concept était de replonger les clients dans l’époque du Théâtre de l’Empire, qui occupait autrefois l’emplacement de l’hôtel Renaissance Arc de Triomphe.

J’avais dessiné la scénographie.

Puis nous avions cherché les bons prestataires pour aller le plus loin possible dans l’immersion.

J’avais fait venir dix acteurs qui déambulaient dans l’hôtel, habillés et incarnés comme dans les années 30.

Il y avait aussi un numéro d’effeuillage.

Tout était pensé pour que le décor ne ressemble pas à une simple animation posée là pour une soirée.

Il fallait que l’histoire prenne vie.

À un moment, même le propriétaire de l’hôtel a cru que certains acteurs faisaient partie de notre équipe tellement leur présence semblait naturelle.

C’est cela que j’aime.

Le brainstorming.
Le moment où les idées explosent.
Puis le travail pour les ramener dans le réel.

La coordination.
L’adrénaline de la soirée.
Le plaisir de me glisser moi-même dans le thème.
L’envie de faire vivre cette énergie à mon équipe autant qu’à mes clients.

J’organise des événements depuis que je suis petite.

Et quand je travaille sur ce genre de projet, je peux perdre la notion du temps.

Parce que je ne suis plus seulement en train d’organiser une soirée.

Je suis en train de chercher ce petit détail invisible qui transformera un lieu en souvenir.


🧠 Backstage

Daniel Pink parle du flow comme de l’un des états les plus précieux dans une vie professionnelle.

Le flow, c’est ce moment où l’on est totalement absorbé par ce que l’on fait.

On ne regarde plus l’heure.
On ne compte plus l’effort.
On ne cherche plus à se distraire.

On est dedans.

Mais ce n’est pas seulement un moment agréable.

C’est aussi un indice.

Parce que le flow apparaît souvent quand trois choses se rencontrent :

un défi suffisamment exigeant,
un niveau de compétence qui permet de s’y confronter,
et une envie réelle de progresser.

Si la tâche est trop facile, on s’ennuie.

Si elle est trop difficile, on se crispe.

Mais quand elle est juste assez ambitieuse pour nous obliger à nous étirer, sans nous écraser, quelque chose se passe.

On entre dans cette zone étrange où l’effort demande beaucoup d’énergie, mais ne nous vide pas de la même manière.

C’est exactement ce qui se joue dans la création d’une soirée comme celle du Théâtre de l’Empire.

Il faut imaginer.
Coordonner.
Sentir.
Corriger.
Créer une cohérence.
Faire tenir ensemble les lumières, la musique, les acteurs, le rythme, les clients, l’équipe, les détails invisibles.

Ce n’est pas facile.

Mais ce n’est pas subi non plus.

C’est exigeant.

Et pourtant, l’énergie revient.

C’est là que le flow devient intéressant pour une carrière.

Parce qu’il ne dit pas seulement :
“J’aime ce que je fais.”

Il peut dire quelque chose de plus précis :

“Voilà le type de problèmes que j’aime résoudre.”
“Voilà les situations dans lesquelles mon attention devient naturelle.”
“Voilà les moments où je peux donner beaucoup sans avoir l’impression de me forcer en permanence.”

Et ce sont parfois de meilleurs indices que les intitulés de poste.

On peut aimer travailler dans l’hôtellerie sans aimer toutes les dimensions du métier.

On peut aimer le terrain, mais pas le reporting.
On peut aimer construire une équipe, mais pas gérer une ouverture.
On peut aimer créer des expériences, mais pas piloter des opérations répétitives.
On peut aimer transmettre, mais pas négocier.
On peut aimer gérer une crise, mais pas tenir une routine.

Le problème, c’est que beaucoup de carrières se construisent sans observer cela.

On avance parce que l’étape suivante semble logique.

Assistant manager.
Manager.
Directeur.
Un établissement plus grand.
Une marque plus visible.
Un titre plus impressionnant.

Mais une carrière n’est pas seulement une montée.

C’est un ajustement.

Et parfois, le meilleur mouvement n’est pas celui qui ajoute une ligne au CV.

C’est celui qui rapproche un peu plus de ce qui nous rend vraiment vivant professionnellement.

Le flow ne donne pas toutes les réponses.

Mais il pose une question que l’on oublie trop souvent :

“Dans quel type de travail est-ce que mon énergie devient presque naturelle ?”


🛠 Le Signal de la Semaine

Microsoft a récemment mis un mot sur une réalité que beaucoup ressentent déjà :

la journée de travail infinie.

Emails.
Messages.
Réunions improvisées.
Notifications.
Urgences permanentes.

Selon ses données, certains collaborateurs sont interrompus toutes les deux minutes pendant leur journée de travail.

Toutes les deux minutes.

Et c’est peut-être l’un des grands paradoxes du travail actuel.

On demande aux équipes d’être créatives.
De prendre de la hauteur.
De mieux réfléchir.
D’innover.
De résoudre des problèmes complexes.

Mais on construit parfois des journées qui empêchent précisément toute concentration profonde.

Le flow ne dépend donc pas seulement d’un bon choix de carrière.

Il dépend aussi de l’environnement que l’on crée autour de soi.

Et pour un manager, la question devient intéressante :

est-ce que mon organisation laisse encore suffisamment d’espace pour que les bonnes idées apparaissent ?

Une réunion de moins.
Une matinée sans notification.
Un créneau réellement protégé.
Une urgence qui n’en est pas vraiment une.

Parfois, le meilleur levier de performance n’est pas d’ajouter une nouvelle méthode.

C’est de rendre à l’équipe un peu de silence.

Source : Microsoft WorkLab, « Breaking down the infinite workday », 17 juin 2025.


🐊 Croco Bite

Ne cherche pas d’abord ta passion. Observe ce qui te fait oublier l’heure.


📚 Pour aller plus loin

Pour aller plus loin, je te recommande Deep Work de Cal Newport.

Le livre défend une idée simple : dans un monde saturé de sollicitations, la capacité à rester concentré longtemps sur une tâche exigeante devient un avantage rare.

C’est une bonne lecture pour compléter Daniel Pink.

Le flow donne des indices sur ce qui nous absorbe.
Le deep work crée les conditions pour que cette absorption puisse réellement exister.

À appliquer dès demain : protège un créneau de 60 minutes sans réunion, sans message, sans notification, et observe ce que ton attention est capable de produire quand elle n’est plus morcelée.


🔐 La Clé

Cette semaine, je te propose un exercice simple :

Le journal de flow sur 7 jours

Pendant une semaine, programme trois rappels aléatoires dans ta journée.

Pas à des heures fixes.
Pas seulement quand tu travailles sur un projet important.
Pas seulement quand tout va bien.

À chaque rappel, prends trente secondes pour noter quatre choses.

1. Qu’est-ce que je suis en train de faire ?

Une réunion.
Une présentation.
Un échange client.
Une analyse.
Un recrutement.
Une urgence.
Une création.
Une discussion avec mon équipe.
Un moment de coordination.

2. Quel est mon niveau d’énergie ?

Note-le simplement de 1 à 5.

1 = je me force.
5 = je suis complètement absorbé.

3. Est-ce que je pourrais continuer encore une heure sans regarder l’heure ?

Si la réponse est oui, note ce moment.

C’est peut-être un indice.

4. Qu’est-ce qui m’absorbe vraiment dans cette situation ?

Ne note pas seulement la tâche.

Cherche ce qu’il y a derrière.

Est-ce que tu aimes :

À la fin de la semaine, relis tout.

Ne cherche pas les tâches les plus prestigieuses.
Ne cherche pas les moments les plus visibles.
Ne cherche pas ce qui ferait la meilleure ligne sur LinkedIn.

Cherche les répétitions.

Ne tire pas de conclusion après un seul bon moment.

Le flow n’est pas une révélation magique.
C’est un signal qui devient intéressant quand il revient.

Puis termine avec cette phrase :

“Je devrais construire un peu plus de ma carrière autour de…”

Pas besoin de tout quitter.

Mais si tu repères ce qui t’absorbe naturellement, tu peux commencer à tester une direction plus juste.

Parce qu’une carrière ne se construit pas seulement avec des opportunités.

Elle se construit aussi avec des indices.


Conclusion

On parle souvent de passion comme si chacun devait avoir une évidence.

Un métier rêvé.
Une vocation.
Une réponse immédiate à la question :
“Qu’est-ce que tu veux vraiment faire ?”

Mais la réalité est souvent plus subtile.

On ne découvre pas toujours une direction en réfléchissant plus fort.

Parfois, on la découvre en observant mieux.

Alors j’aimerais te poser une question simple :

dans quel moment professionnel oublies-tu le plus facilement l’heure ?

Quand tu crées ?
Quand tu transmets ?
Quand tu négocies ?
Quand tu résous une crise ?
Quand tu développes une équipe ?
Quand tu imagines une expérience ?
Quand tu construis un projet de zéro ?

Réponds-moi avec une phrase.

Et si tu veux aller plus loin, ajoute simplement :

“Flow”

Si le sujet vous intéresse, je préparerai un framework complet ou une mini-formation pour apprendre à utiliser ces signaux dans vos décisions de carrière.

Parce qu’un bon choix ne commence pas toujours avec une certitude.

Il commence parfois avec un indice que l’on prend enfin au sérieux.

Si cette édition vous a fait réfléchir, transférez-la à un manager, un collègue ou un étudiant ambitieux.

A la semaine prochaine,

Laurie & le Croco🐊

P.S. Vous avez une marque, un événement, une école ou une solution utile aux leaders de l’hospitalité ?
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