Pour la 50ᵉ édition de The Guest List, je te raconte l’échec qui a changé ma façon de décider.
Bienvenue dans la 50ᵉ édition de The Guest List 🐊
Aujourd’hui, tu vas découvrir :
- 🕯 Pourquoi le plus grand échec de ma carrière est devenu mon plus beau cadeau.
- 🧠 Une idée tirée de Design de carrière qui a changé ma façon de voir les transitions professionnelles.
- 🛠 Une nouvelle manière de penser ta carrière lorsque ton plan ne se déroule pas comme prévu.
🎩 Mot du Croco
Il y a quelques jours, je me suis demandé ce que j’avais appris en écrivant cinquante éditions de The Guest List.
Je pensais trouver cinquante idées.
Je n’en ai trouvé qu’une.
Une carrière ne se construit pas grâce aux moments où tout se passe comme prévu.
Elle se construit dans les jours où un téléphone sonne, où un projet s’effondre, où l’on comprend qu’il va falloir recommencer.
On célèbre facilement les promotions, les ouvertures d’hôtel ou les grandes réussites.
On parle beaucoup moins des heures qui suivent un échec, de ces moments où personne ne sait encore si l’histoire se terminera bien.
Avec le recul, je crois que c’est là que tout se joue.
Pour cette 50ᵉ édition, j’ai eu envie de te raconter le jour où j’ai cru perdre le projet qui comptait le plus pour moi.
Avec le recul, je crois que le plus beau cadeau de ma carrière est arrivé déguisé en échec.
🕯 La Scène
À 27 ans, j’étais Directrice du service accueil du Pullman Tour Eiffel.
Sur le papier, tout allait bien. Une belle évolution, un poste que beaucoup auraient rêvé d’avoir. Pourtant, chaque matin, je sentais qu’il me manquait quelque chose. Ma vie parisienne était devenue une succession de journées bien remplies et de soirées qui s’enchaînaient. J’avais envie d’autre chose. D’une vie plus simple, plus saine, plus proche de la nature. J’avais besoin d’aventure.
Quelques mois plus tôt, j’étais partie découvrir Bali. Je suis tombée amoureuse de cette île, de son énergie, de cette impression que tout semblait possible. En rentrant à Paris, une idée ne me quittait plus.
Et si je pouvais y vivre ?
Je décide alors d’y retourner, seule, pendant un mois. Cette fois, je ne viens pas seulement pour profiter. Je viens pour comprendre si je peux y construire une carrière. Chaque jour, je pousse les portes d’hôtels, j’observe, je discute avec les équipes, je pose des questions. Je cherche une opportunité sans vraiment savoir où elle m’attend.
Puis quelqu’un me glisse une information.
« Aujourd’hui, tous les Directeurs Généraux Accor de Bali se retrouvent pour un GM Meeting. »
Je comprends immédiatement que la pause café sera le seul moment où je pourrai les approcher.
Je ne suis pas invitée.
J’y vais quand même.
Depuis Paris, j’avais déjà essayé d’entrer en contact avec l’un d’eux. Sans succès. À l’époque, LinkedIn n’avait pas la puissance d’aujourd’hui. Si je voulais qu’il me remarque, je n’avais plus qu’une seule option : aller me présenter en personne.
Je m’incruste discrètement à la pause café, le cœur qui bat beaucoup trop vite. J’attends le bon moment, je respire un grand coup et je vais lui parler.
Quelques minutes plus tard, il me regarde et me dit :
« Vous êtes disponible cet après-midi ? »
Son hôtel est à plus d’une heure de route.
Je n’hésite même pas.
Je saute sur mon scooter et j’y vais.
L’entretien se passe bien. Je repars sans promesse, mais avec cette sensation étrange d’avoir repris le contrôle de mon destin. Peu importe la réponse, je sais déjà une chose : j’ai osé.
De retour à Paris, la vie continue.
Puis un coup de téléphone change tout.
Ma directrice m’annonce qu’elle part vivre à Bali. Elle me connaît, connaît mon projet et me lance presque naturellement :
« Laisse-moi arriver, je vais te trouver un poste. »
Quelques semaines plus tard, je me retrouve face à un choix que je n’aurais jamais imaginé.
Le General Manager que j’avais rencontré presque par hasard me propose un poste.
Ma directrice aussi.
Deux offres.
Le même rêve.
Je choisis de partir avec elle.
Je démissionne. Je vends une grande partie de mes affaires. Je rends mon appartement. Je confie mon chien à mes parents. Toute ma vie tient désormais dans quelques valises et un billet d’avion.
Le départ est prévu dans une semaine.
Puis le téléphone sonne.
Je comprends immédiatement que quelque chose ne va pas.
Le propriétaire de l’hôtel décide finalement d’annuler mon contrat.
En quelques minutes, tout disparaît.
Je n’ai plus de travail à Paris.
Plus de travail à Bali.
Plus de salaire.
Et aucun droit au chômage.
La première pensée qui me traverse n’est pas : « Qu’est-ce que je vais faire ? »
C’est beaucoup plus humain que ça.
Qu’est-ce que je vais dire à tout le monde ?
À tous ceux à qui j’avais annoncé mon départ.
À tous ceux qui m’avaient félicitée.
À tous ceux qui pensaient que j’étais en train de vivre mon rêve.
Pendant quarante-huit heures, je m’autorise à encaisser le choc. Je fais le deuil de cette vie que j’avais déjà commencée à imaginer.
Puis je prends une feuille blanche.
Je cesse de penser au plan qui vient de s’effondrer et je dessine le suivant.
Je négocie avec mon agence pour récupérer mon appartement. J’accepte des extras en restauration pour assurer mes revenus. Et surtout, je construis un plan précis pour activer mon réseau sur LinkedIn.
Un mois plus tard, je retrouve un poste.
Avec le recul, je ne considère plus cette histoire comme le plus grand échec de ma carrière.
Je crois même que c’est le moment où elle a réellement commencé.
Parce que ce jour-là, j’ai compris une chose essentielle.
On ne mesure pas une carrière à la solidité de son plan A.
On la mesure à notre capacité à en dessiner un nouveau lorsque tout s’effondre.
🧠 Backstage
Pendant longtemps, j’ai cru que cette histoire parlait de résilience.
En refermant Design de carrière, j’ai compris que je m’étais trompée.
Cette histoire ne parle pas de résilience.
Elle parle de design.
Nous avons grandi avec une vision très linéaire de la carrière. Faire de bonnes études, décrocher un bon poste, gravir les échelons, puis recommencer jusqu’au poste de ses rêves.
La réalité est beaucoup moins élégante.
Un hôtel est vendu.
Un directeur démissionne.
Un projet tombe à l’eau.
Une opportunité disparaît.
Et parfois, tout cela arrive la même semaine.
Les auteurs de Design de carrière expliquent qu’il ne faut pas construire sa carrière comme un plan figé, mais comme un prototype. Un prototype évolue, s’ajuste, se teste. On n’attend pas qu’il soit parfait pour avancer.
Sans le savoir, c’est exactement ce que j’ai fait.
Mon projet Bali s’est arrêté.
Je n’ai pas essayé de sauver un plan qui n’existait plus.
J’en ai dessiné un autre.
Avec le recul, je me rends compte que les décisions qui ont le plus compté dans ma carrière n’ont jamais été celles que j’avais prévues.
Ce sont celles que j’ai prises quand je n’avais plus de plan.
Depuis, chaque fois qu’une porte se ferme, je me pose la même question.
Pas : « Pourquoi moi ? »
Mais :
« Quel est le prochain prototype ? »
Cette simple question m’a souvent fait gagner des mois… parfois même des années.
🛠 Le signal de la semaine
Pendant longtemps, une belle carrière se résumait à une ligne droite.
On entrait dans un groupe, on y restait des années, on gravissait les échelons et cette stabilité était perçue comme la preuve d’une carrière réussie.
Aujourd’hui, les règles ont changé.
Les meilleurs profils passent par plusieurs établissements, découvrent différents modèles d’hôtels, explorent parfois la technologie, le conseil ou l’entrepreneuriat avant de revenir à l’opérationnel avec une vision beaucoup plus riche.
Ce n’est plus l’exception.
C’est devenu un avantage.
Le risque n’est plus d’avoir changé plusieurs fois de direction.
Le vrai risque est de s’accrocher à un plan qui ne correspond plus à la réalité.
Dans un monde qui évolue aussi vite, la compétence la plus précieuse n’est peut-être plus l’expertise.
C’est la capacité à redessiner sa trajectoire sans perdre son cap.
🐊 Croco Bite
Le jour où ton plan s’effondre est parfois le premier jour de ta vraie carrière.
📚 Pour aller plus loin
Cette semaine, je te recommande Design de carrière de Bill Burnett et Dave Evans.
Ce livre m’a fait réaliser que, sans le savoir, j’avais déjà appliqué l’une de ses idées les plus puissantes : une carrière n’est pas un plan figé, c’est un prototype que l’on améliore au fil des expériences.
Je te conseille aussi Le Grand Saut de Gay Hendricks.
Deux livres très différents, mais qui répondent à la même question : comment avancer quand l’inconnu fait plus peur que le confort ?
🔐 La Clé
Cette semaine, je partage le framework P.L.A.N.
Celui que j’aurais aimé connaître lorsque mon départ pour Bali s’est effondré.
Quand un projet disparaît du jour au lendemain, on a souvent l’impression qu’il faut trouver immédiatement la bonne solution.
En réalité, il faut d’abord retrouver de la clarté.
C’est exactement à cela que sert ce framework.
P — Pause
Accepte le choc.
Ne prends aucune décision importante sous le coup de l’émotion. Laisse passer la tempête avant de choisir ta direction.
L — Logistique
Sécurise l’essentiel.
Ton logement, tes revenus, ta trésorerie, tes besoins vitaux. Quand les bases sont solides, l’esprit réfléchit beaucoup mieux.
A — Alternatives
Écris au moins trois scénarios.
Le cerveau adore croire qu’il n’existe qu’une seule issue. C’est faux. Ton rôle est de créer de nouvelles options.
N — Network
Active ton réseau.
Pas avec un message désespéré.
Avec une demande claire, honnête et précise.
C’est exactement ce que j’ai fait, sans le savoir, lorsque mon départ pour Bali a été annulé.
Aujourd’hui, c’est le framework que j’utilise dans toutes les grandes transitions de carrière.
Conclusion
Si tu traverses en ce moment une période où rien ne se passe comme prévu, j’aimerais que tu retiennes une seule chose.
Ne passe pas ton énergie à essayer de réparer un plan qui n’existe plus.
Dessine le suivant.
Avec le recul, je suis presque reconnaissante que ce départ pour Bali ait été annulé.
Pas parce que c’était agréable.
Parce que cette épreuve m’a appris que ma plus grande sécurité ne serait jamais un poste, un employeur ou un contrat.
Ma plus grande sécurité, c’est ma capacité à rebondir.
Et toi ?
Quel est ce moment où ton plan s’est effondré… avant de finalement te conduire vers quelque chose de meilleur ?
Réponds simplement à cet email. Je lis chaque réponse, et il y a de fortes chances que certaines histoires inspirent les prochaines éditions de The Guest List.
Et si cette édition t’a fait penser à un collègue, un manager ou un ami qui traverse une période d’incertitude, transfère-lui cet email.
Parfois, une seule histoire suffit à redonner l’envie de dessiner un nouveau plan.
A la semaine prochaine,
Laurie & Le Croco 🐊
P.S. Une carrière se joue rarement sur une seule décision.
En revanche, la façon dont tu prends tes décisions peut tout changer.
J’ai créé le premier Simulateur de Décision dédié aux managers et futurs directeurs de l’hôtellerie. En moins de 10 minutes, tu découvriras ton profil de décideur, tes forces, tes biais et les situations dans lesquelles tu risques de passer à côté d’une opportunité.
Je suis curieuse de savoir quel profil tu obtiendras.